Fraternité des policiers et policières de Montréal

recherche
Connexion
1. 1918 : un premier syndicat de policiers à Montréal
2. 1943 - Deuxième tentative de syndicalisation
3. 1944-1950 Les syndicats policiers empêchés de se regrouper
4. 1950-1965 — Période d’organisation et de croissance
5. 1950-1965 — Création de nombreux services
6. 1950-1965 — Négociation de huit conventions…
7. Les années 60 : sursaut de militantisme
8. La grève du 7 octobre 1969 : un moment historique
9. 1972 : regroupement des corps policiers de l’île de Montréal
10. 1965-1975 — Des négociations difficiles
11. Le travail policier en profonde mutation
12. Relations difficiles avec la CUM
13. Un gain majeur : l’horaire 4-3 !
14. Temps difficiles mais leadership vigoureux...
15. À la défense de ses membres
16. Interventions de l'État et lois spéciales

Dès 1918, premier syndicat de policiers à Montréal

Ce n’est pas d’hier que les policiers montréalais ont compris que pour améliorer leur sort, ils doivent s’unir et s’organiser. En 1892, les policiers fondent l’Association de bienfaisance et de retraite de la police de Montréal, une organisation qui existe encore aujourd’hui et qui avait pour but, lors de sa fondation, d’offrir une rente de retraite aux policiers et de venir en aide à ceux qui ne peuvent plus travailler pour cause de maladie ou d’accident.

En 1903, c’est au tour de l’Association athlétique amateure de la police de Montréal de voir le jour, pour inciter les policiers de Montréal à faire du sport. Fait à noter : cent cinq ans (105) plus tard, cette association est toujours active ! Au-delà de son programme d’activités annuel, elle voit à la participation des policiers et des policières montréalais aux Jeux mondiaux des policiers et des pompiers. 

Première tentative…

Il faudra attendre l’année 1918 pour que voie le jour le premier syndicat représentant les policiers montréalais. Mais contrairement aux deux associations précédentes, qui bénéficiaient de l’appui des autorités municipales, l’Union ouvrière fédérale des policiers, n° 62 naîtra dans la controverse. Plus de 20 années seront encore nécessaires pour que les policiers montréalais puissent défendre leurs droits de façon efficace, avec l’aide d’une association bien rodée et dont l’existence ne sera plus contestée.

Source : Musée de la police. Publié dans Solidarité et détermination, Éd. Boréal. p. 27.

L’Union ouvrière fédérale des policiers, n° 62, ainsi nommée par le Congrès des métiers et du travail du Canada (CMTC)auquel elle est affiliée, comme plusieurs syndicats de policiers au Canada, voit le jour le 10 septembre 1918. Cette syndicalisation des policiers de Montréal survient à un moment de très forte agitation ouvrière dans la métropole et plusieurs groupes d’employés municipaux se syndiquent à la même époque.

C’est ainsi que le 12 décembre de cette même année, quatre syndicats regroupant les policiers, les pompiers, les employés de l’aqueduc et de l’incinération et les ingénieurs mécaniciens  font front commun et déclenchent la grève. Ce sera une première pour les policiers montréalais, qui débrayeront trois fois dans leur histoire.

Le principal grief des employés municipaux concerne la rémunération… Mais la Ville est sous tutelle à cette époque à cause de graves problèmes financiers et c’est une Commission administrative nommée par le gouvernement du Québec qui la dirige. Cette commission congédie d’entrée de jeu 54 employés municipaux. Vingt-trois officiers de police ont également déjà été congédiés quelques mois auparavant par le nouveau directeur de police. De plus, malgré l’assentiment du sous-ministre du Travail du Québec de soumettre un projet de contrat de travail du syndicat des policiers au processus de conciliation et d’arbitrage, la Commission refuse de s’engager dans ce processus avant d’avoir terminé la préparation de son budget. Et pour couronner le tout, on découvre que les trois principaux dirigeants du Service de la sécurité publique nommés récemment par la Commission administrative ont déjà fait l’objet de condamnations pour assauts et vols par effraction. La table est mise pour un durcissement des positions syndicales.

Fait assez cocasse, le maire et tous les échevins appuient les grévistes, heureux de mettre dans l’embarras la Commission administrative qui leur a ravi le pouvoir. Toutefois, la grève ne dure que trente-trois heures, l’archevêque de Montréal donnant l’assurance que les trois directeurs seraient démis de leurs fonctions. Les conditions de travail des grévistes seront donc soumises à un tribunal d’arbitrage. Fait à signaler : certains éléments de ce premier document établissant les conditions de travail des policiers de Montréal feraient encore partie de la convention actuelle des policiers et policières de Montréal.

Isoler les policiers

Si cette grève est un succès pour les syndiqués, il n’en reste pas moins que les employés municipaux, tout particulièrement les policiers, auront à se battre encore longtemps pour qu’on leur reconnaisse un véritable droit de se syndiquer. À cette époque, on estimait qu’un corps policier devait rester une entité indépendante, exempte de toute influence. On souhaitait donc du syndicat des policiers qu’il ne s’affilie à aucune autre association, société ou union, parce que l’on craint que les relations du syndicat des policiers avec le reste du mouvement syndical ne débouchent sur une situation explosive. Dans un contexte de militantisme accru en milieu ouvrier, on craint que les policiers ne s’allient à des organisations qui luttent pour faire avancer la cause ouvrière ou pour renverser l’ordre social. On craint aussi que les policiers puissent refuser d’intervenir à l’occasion de manifestations ouvrières ou de conflits de travail.

Au cours des vingt années qui suivront, les autorités de la Ville veulent clairement éliminer le syndicalisme chez les policiers, parce qu’on ne leur comparaît pas un statut comparable à celui des autres travailleurs. On estime alors que la discipline ne peut être assurée que par une seule ligne d’autorité dans le Service de police. Un syndicat de policiers est vu comme une source d’indiscipline et une menace pour la sécurité publique. C’est ainsi que malgré laLoi des grèves et contre-grèves (lock-out), sanctionnée le 19 mars 1921, qui oblige les parties à soumettre leur litige à un conseil d’arbitrage avant de recourir à la grève, la Ville n’aura de cesse de mettre des bâtons dans les roues de toute demande provenant del’Union ouvrière fédérale des policiers. Elle aura tellement bien réussi son travail de sape que le syndicat rendra l’âme en 1940, faute de membres. À cette époque, la formule Rand n’existe pas encore et joindre un syndicat est encore un choix individuel…

Les salaires des policiers montréalais, au début du siècle, n'étaient vraiment pas très élevés.

Source : Archives de la Ville de Montréal. Tiré de Solidarité et détermination, Éd. Boréal, p. 27.

  suivant suivant

 

Joindre l'edimestre © FPPM, Montreal, 2012. Tous droits reserves. Une conception web de GX Communication